Tolakouadiokro
Coordonnées GPS : 7.73547, -5.05715
Enquête réalisée le 08 mai 2019
Quartier au nord-ouest de Bouaké
| Informations générales | |
|---|---|
| Nom de la localité : | Tolakouadiokro |
| Population (recensement 2014) : | 16490 habitants |
| Aire : | 226 hectares |
| Dessertes en eau potable | Partiellement raccordé au réseau SODECI |
| Gestion des excrétas | Assainissement autonome |
Socio-Anthropologie
Tolakouadiokro est formé de deux anciens villages Baoulé autour desquels se sont développées des extensions récentes où résident des personnes originaires du Nord (Mandé et Sénoufo) ou des pays alentours (Guinée, Mali, Burkina Faso). Les chefs de quartiers et les imams entretiennent une relation très étroite et les imams sont des leaders communautaires respectés et écoutés. Les réunions de quartier se tiennent parfois à la mosquée après la prière. Les chrétiens, minoritaires dans le quartier, n'y ont pas de lieux de culte, aussi, ils sont impliqués dans les paroisses d'autres quartiers.
Configuration spatiale
Le quartier de Tolakouadiokro est un quartier majoritairement loti de bas standing. C’est un village intégré à la ville de Bouaké ce qui fait du noyau central, un espace non loti. C’est un quartier partiellement raccordé au réseau d’adduction d’eau de la SODECI. Le quartier dispose des infrastructures de base : centres de santé et écoles. Il est desservi par une voie principale en cours de bitumage, mais la voirie secondaire n'est pas bitumée et n'a pas de réseau de drainage. En conséquence, certaines zones souffrent d’importants problèmes d'érosion.
Le maire Nicolas Youssouf Djibo a présenté, le jeudi 16 février 2017, le projet de renforcement des infrastructures pour le développement urbain et la compétitivité des agglomérations secondaires (Piducas) de la ville de Bouaké. L’un des points importants était le bitumage de la voie principale du quartier. Au moment de la collecte des données, ce projet était en voie de mise en œuvre pour début 2019.
Diagnostic des points d'eau analysés
Les inspections sanitaires des points d’eau dans le quartier de Tolakouadiokro ont porté sur 19 puits à usage domestique dont 11 puits construits par des particuliers, 7 puits par les ONG musulmanes et 1 puits communautaire situé dans la grande mosquée.
Forages
Aucun forage diagnostiqué dans le quartier
Puits
Les puits ayant fait l’objet de notre enquête sont relativement récents. La majorité d’entre eux, 11 puits sur les 19, a été construite depuis moins de 5 ans. Le quartier de Tolakouadiokro est partiellement raccordé au réseau de la SODECI, seulement une partie du quartier est desservie. Les coupures sont fréquentes et l’eau n’est disponible que tard dans la nuit selon les habitants du quartier.
Les puits visités dans le quartier de Tolakouadiokro sont majoritairement maçonnés ou busés avec des poulies ou des treuils comme système d’exhaure. 15 puits sur 19 sont de ce type, dont 2 équipés d’une pompe à motricité humaine(PMH). Les 2 PMH sont actuellement en pannes, les usagers n’ont accès à l’eau des puits que par une trappe. Seuls 4 puits sont de types traditionnels. Comme dans la plupart des quartiers à Bouaké, ces puits ont été soit construits par des particuliers (11 puits sur 19) pour leurs habitations, soit par des ONG musulmanes (7 puits, dont les 2 équipés de PMH). Seul le premier point d’eau de la mosquée a été construit de façon communautaire. Les puits construits dans le quartier sont relativement profonds (profondeur moyenne de 14,5 m). Seuls 5 puits tarissent pendant la saison sèche, leurs profondeurs sont inférieures à 10 m.
En ce qui concerne l’aménagement de surface, la construction récente des ouvrages fait que ceux-ci sont généralement en bon état. 16 puits sur les 19 ont des superstructures en bons états. L’aménagement de surface est constitué généralement d’une margelle couverte d’une dalle avec une trappe pour faciliter la collecte de l’eau. Il ressort de nos entretiens avec les propriétaires de puits que l’augmentation de la profondeur et le curage des ouvrages sont les seuls travaux effectués au niveau des puits. Ceux-ci interviennent généralement quand le puits tarit.
L’inspection sanitaire des puits à usage domestique dans le quartier de Tolakouadiodkro révèle qu’environ 42% des points d’eau soit 08 puits sur les 19 sont vulnérables aux risques de pollution élevés.
| Niveau de vulnérabilité | Très élevé | Élevé | Moyen | Faible |
|---|---|---|---|---|
| Effectif des puits | 1 | 7 | 7 | 4 |
Les risques potentiels observés autour des ouvrages sont dus en grande partie à :
- La présente de latrines ou toilettes à proximité de 15 puits
- L’absence de drainage des eaux résiduelles autour des ouvrages sur 14 puits
- Un défaut d’étanchéité sur les trois mètres en dessous de l’ouvrage et de la superstructure à cause de fissures et craquelures sur 13 puits,
- Mauvais conditionnement du système d’exhaure sur 10 puits
L’analyse de la qualité des eaux de puits à Tolakouadiokro montre que les eaux ont une légère tendance acide (pH < 7). Les pH varient entre 5,82 et 7,42 avec une moyenne de 6,48. La turbidité des eaux de puits variait entre 93,5 et 1206 µS/cm avec une moyenne de 294,89 µS/cm. La turbidité était dans la majorité des puits inférieure à 5 UTN, la norme recommandée par OMS pour les eaux de boisson. 14 puits sur 19 avaient une eau claire et limpide lors des analyses in situ.
La présence de composés azotés dans les eaux de puits à des concentrations élevées constitue l’une des pollutions observées à Tolakouadiokro. En effet, l’analyse des paramètres chimiques révèle que dans plusieurs échantillons d’eau (7 puits sur 19), les concentrations de nitrates sont supérieures à 50 mg/l. Les sous-quartiers les plus touchés par cette pollution sont les secteurs de Benkadi et Dar Es Salam extension. Tous les prélèvements effectués dans ces deux sous-quartiers avaient des concentrations en nitrate supérieures à 50 mg/l. Ils sont situés sur un ancien cimetière selon les habitants. En ce qui concerne l’ammoniac, 4 puits sur les 19 ont des concentrations supérieures à la norme (1,5 mg/l). Ces puits sont pour la plupart situés dans le secteur de Dar Es Salam extension et un à Gnamien Akakro. Dans les autres puits, les concentrations en ammoniac sont quasi nulles (13 puits sur 19). Seul un puits avait une concentration en fluor supérieur à la norme de 1,5 mg/L.
L’analyse bactériologique des échantillons d’eau relève que 79%, soit 15 puits sur 19, sont contaminés par la bactérie E. coli. La présente de E. coli dans les eaux indique une contamination fécale d’origine humaine ou animale à moins de 30 mètres. Cette contamination peut s’expliquer par un défaut d’étanchéité des fosses des latrines, une mauvaise gestion des ordures ménagères et la présence d’enclos à bétail. Ces puits ne sont pas traités par les habitants, car aucune présence de chlore libre n’a été détectée dans les puits du quartier.
Eaux de surface
Aucune eau de surface diagnostiquée dans le quartier
Pratiques et modes d’approvisionnement en eau
En compléments des raccordements au réseau de distribution de la SODECI, les habitants s'approvisionnent prioritairement aux puits et, s'ils y ont accès, aux forages. Les puits communautaires situés dans les mosquées ou sur l'espace public constituent des points stratégiques du quartier. Ce sont les femmes qui sont chargées de l'approvisionnement en eau des ménages.
Mode de gestion
Les puits privés sont gérés par leurs propriétaires, tandis que les puits des mosquées sont gérés par un comité de la mosquée. Les puits communautaires en dehors des mosquées ne disposent pas d'un comité de gestion efficace et sont souvent mal entretenus.
Personnes ressources
- Chef central Tolakouadiokro, secteur Tchad
- Chef Dares Extension
- Chef de Tolakouadiokro Village
- Iman de la grande mosquée de Tolakouadiokro
- Président des jeunes de Tolakouadiokro Village
- Chef central Tolla Tchad
- Chef Tolla Village
- Imam Tolla Tchad
- Président des jeunes Gnanmien Akakro
- Président des jeunes Tolla Tchad
- Président des jeunes Tolla Village
- Présidente des femmes Dares Extension
- Présidente des femmes Gnamien Akakro
- Présidente des femmes Keitabougou
- Présidente des femmes Tolla Benkadi
- Présidente des femmes Tolla Tchad
Gestion des excrétas
Le quartier de Tolakouadiokro ne dispose pas d’un réseau de drainage des eaux usées. L’assainissement y est autonome, chaque habitation gère ses eaux usées domestiques. On retrouve tous des types d’ouvrages d’assainissement : fosses septiques, latrines sèches individuelles ou collectives. Les fosses, une fois pleine sont vidangées par des artisans ou des entreprises privées.
Desiderata des habitants
| Type d'entretien | Date |
|---|---|
| 12 Entretiens individuels auprès de personnes ressources | 31 Octobre- 11 Nov. 2018 |
| 06 Focus femmes | 31 Octobre- 11 Novembre 2018 |
| 02 Focus jeunes | 31 Octobre- 11 Novembre 2018 |
| 02 Focus hommes | 31 Octobre- 11 Novembre 2018 |
Les entretiens individuels et collectifs menés dans le quartier indiquent que dans l’ensemble la population préfère s’approvisionner en eau dans les puits ou les forages plutôt qu’au robinet, en raison du tarif de l’abonnement à la SODECI et du caractère imprévisible des coupures. Les femmes souhaitent qu’il y ait plus de forages équipés de pompes et que les puits privés soient rénovés. Cela leur permettrait de disposer de sources d’eau pérenne à proximité de leur habitation. Elles sont conscientes des risques sanitaires liés aux infiltrations d’eaux usées dans les puits et certaines citent les manières de traiter l’eau avec de la javel avant de la boire. Toutefois, elles ne connaissent pas précisément la procédure de traitement de l’eau (quantité de javel, durée du traitement). Les hommes préfèrent que l’eau des puits soit utilisée dans leur ménage, car c’est une eau gratuite et l’entretien des puits est perçu comme bon marché au regard du coût de la facture d’eau de la SODECI. Le souhait des habitants de voir se multiplier les forages se heurte à la législation ivoirienne qui concède à la SODECI le monopole des forages en ville.
Tensions ressenties lors des entretiens
Tensions générales
Aucune tension relevée dans la communauté.
Tensions autour de l'eau
Des tensions existent autour des points d'eau communautaires. Elles découlent du non-respect de l'ordre de passage dans la file d'attente.
Les tensions majeures autour de la question de l’eau ont eu lieu pendant la pénurie d’eau de 2018. Les habitants évoquent des querelles dans la file d’attente des citernes de l’Office Nationale de l’Eau Potable (ONEP). Ces disputes portaient sur la ration d’eau distribuée et le non-respect de l’ordre de la file. Les femmes ont été particulièrement touchées par ces tensions, car ce sont elles qui sont chargées de l’approvisionnement en eau dans les ménages. Des tensions ponctuelles sont apparues autour de certains puits privés lorsque leurs propriétaires décidaient d’en restreindre l’accès. Ces tensions sont exclusivement liées aux épisodes de pénurie.
Relations avec les localités voisines
Aucune tension relevée avec les autres quartiers. Notons que les habitants des quartiers voisins Maroc et Dar Es Salam ont des membres de leurs familles à Tolakouadiokro. Ce qui est favorable à un bon voisinage.